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Le Feu Eternel

 

 

 Après avoir navigué sur le fleuve sacré, à la seule lueur de la lune (car la ville bénéficie de nombreuses coupures de courant), je débarque sur le ghat Manikarnika, le ghat des crémations. J’ai demandé à un ami indien de m’accompagner, mais il reste en retrait, me laissant contempler le fascinant spectacle des bûchers en feu.

Mon regard est attiré par les flammes qui dansent sur une enveloppe corporelle. Sur fond orange, je vois la peau se noircir, fondre, diminuer jusqu’a disparaître. Bientôt, il ne reste que le haut du corps. Un homme hors-caste le pousse avec un bâton de bambou, vers les grosses flammes. A côté, des hommes en dhotis et turbans blancs, sont accroupis et attendant que le corps soit consumé pour jeter les cendres dans le Gange et prendre un bain. Ils discutent et m’observent. Je suis la seule femme. Les indiennes ne sont pas acceptées pour la crémation des corps, car leurs pleurs empêcheraient l’âme du défunt de se libérer.

Mon attention se porte maintenant sur les hommes qui arrivent d’une petite ruelle, en chantant, portant un brancard de bambou. Le cadavre est recouvert d’un tissu orange or, et de fleurs d’oeillets d’Inde. Ils descendent jusqu’à l’eau et plongent le corps pour une dernière purification. Le bûcher est ensuite preparé : le bois utilisé dépend des moyens financiers de la famille. Le bois de santal est le plus cher. Puis, une petite cérémonie est effectuée autour du corps. Pour enflammer le bûcher, la famille doit payer une taxe… taxe pour avoir droit au feu éternel. Un feu éternel, qui selon la légende, brûlerait depuis 7000 ans…

Alors que nous considérons la mort comme une fin, un déchirement, pour les indiens il ne s’agit que d’une continuité, un passage vers une vie nouvelle. Notre rapport à la mort dépend de notre rapport à l’inconnu, de notre rapport à la vie. En recherchant la paix en soi, la mort paraît peut etre plus douce, et la vie aussi…

 

 

 
 

A la tombée de la nuit,

je me suis recueillie sur les eaux du Gange,

et j'ai deposé pour toi...

quelques pétales de fleurs,

quelques mots,

la flamme d'une bougie.

 

 

 

 

 


Publié à 01:42, le 9/05/2008,
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